Vendée Globe 2024 - Alan Roura
Le 24.09.25Une conférence exceptionnelle du skipper Suisse Alan Roura sur son Vendée Globe 2024.
VENDEE GLOBE 2024 par Alan Roura pour la Société des Horlogers de Genève
Genève, le 24 septembre 2025
Ce mercredi soir, nous avons eu l’honneur d’accueillir le célèbre navigateur genevois Alan Roura, qui nous a profondément émus lors de sa conférence consacrée à sa troisième participation à la prestigieuse course autour du monde en solitaire et sans assistance, à bord de voiliers de course modernes (IMOCA) : le Vendée Globe 2024.

Alan se présente comme un navigateur professionnel, spécialiste des courses au large, ayant débuté sa carrière à l’âge de 19 ans (en 2012). Son palmarès est impressionnant : une première grande course, la Mini Transat en 2013, quatre participations à la Transat Jacques Vabre, trois à la Route du Rhum et trois au Vendée Globe
Ses nombreux exploits sont relatés sur divers sites internet, mais aucun ne parvient vraiment à décrire la grande force mentale nécessaire pour les accomplir, ni l’extrême bonté et la profonde modestie d’Alan. Comme il nous l’a confié, ces épreuves physiques ont marqué son visage et, avec sa barbe, il paraît plus âgé que ses 32 ans.
Son enfance, il l’a passée sur les flots : d’abord sur le Léman, où sa famille vivait sur un bateau, puis lors d’un tour du monde qui durera onze ans et écourtera sa scolarité. À ce sujet, Alan s’est adressé avec bienveillance à un jeune garçon présent dans la salle, soulignant à quel point l’école est importante.
Pourtant, même s’il semble regretter de ne pas avoir pu terminer sa scolarité ou tout simplement suivre une scolarité à l’école, Alan a acquis des compétences exceptionnelles en navigation, mais aussi en construction et en réparation de bateaux, dans divers chantiers navals à travers le monde. Ses connaissances lui furent d’un grand secours lors de ses avaries en mer — notamment lorsqu’il réussit, seul au milieu de l’océan Indien, à remplacer son safran, avant de terminer à la douzième place du Vendée Globe 2016, devenant ainsi le plus jeune participant de l’histoire de cette épreuve.
Plus jeune diplômé du Yachtmaster à 18 ans, Alan enchaîne les épreuves et les records, malgré son très jeune âge et des moyens limités. En 2016, son premier bateau, La Fabrique, acheté pour un franc symbolique à un Estonien, sans budget et avec une équipe de quatre volontaires, lui a permis de participer à son premier Vendée Globe. En 2021, un mécène suisse rachète un IMOCA afin de le mettre à la disposition d’Alan ; le bateau prend alors le nom de HUBLOT, du nom de son sponsor.
Les IMOCA sont de véritables Formules 1 des mers, souvent conçus comme des prototypes uniques. Si le matériel, la météorologie et le marin sont des éléments essentiels, Alan souligne l’importance du travail de préparation effectué par son équipe d’une dizaine de personnes, mobilisées tout au long de l’année.

Le Vendée Globe est un défi de chaque instant, alternant la traversée de zones très fréquentées et celle de déserts marins où l’être humain le plus proche se trouve… dans l’espace. Participer au Vendée Globe ne peut se comparer à l’ascension de l’Everest : il ne suffit pas de payer pour y prendre part. Il faut un bateau, des connaissances approfondies et une préparation rigoureuse.
Le règlement de la course est extrêmement strict : chaque marin doit envoyer quotidiennement une photo et deux à trois vidéos, sous peine de pénalités. Aucune assistance, autre que le soutien technique par radio, n’est autorisée. Le recours à un psychologue est interdit et, si un autre marin entre en contact avec le bateau, ce dernier est immédiatement disqualifié.
Le danger est permanent. Il faut faire preuve d’une endurance et d’une force exceptionnelles : un effort physique pour une manœuvre peut durer jusqu’à 90 minutes, par exemple pour hisser une voile de 120 kg. Il est impératif d’éviter toute blessure, de produire de l’électricité solaire pour alimenter l’ordinateur de bord, de rester en contact 24 h/24 avec l’équipe technique et de générer sa propre eau potable.
La nourriture, déshydratée pour réduire le poids, s’ajoute à un matériel allégé au maximum afin de gagner en performance et d’atteindre des vitesses de 30 à 40 nœuds. Le choix de la route en fonction des conditions météorologiques est déterminant pour le classement de la course. Avec le réchauffement climatique, la météo est devenue plus dynamique, plus instable et plus imprévisible que jamais.
Alan dort entre 4 et 6 heures par jour, par tranches d’environ 20 minutes. Mais lorsque la mer est forte, il peut rester plusieurs jours sans sommeil. Dans l’océan Indien, en plein été, il se retrouve littéralement seul au monde, entouré de cétacés et de vagues atteignant 10 à 17 mètres de haut. Le fameux « point Némo », situé dans le Pacifique Sud, est l’endroit le plus isolé de la planète — à 3 000 kilomètres de toute terre habitée.
Son IMOCA pèse 7,6 tonnes et possède un mât de 29 mètres, au sommet duquel sont installés les indispensables feux de navigation, l’anémomètre, la girouette et une caméra. Le bateau mesure 18,28 mètres de long pour 5,4 mètres de large. Celui d’Alan est équipé de deux foils de première génération, améliorés par son équipe. La durée de vie d’un tel bateau est d’environ vingt ans, pour un coût pouvant atteindre dix millions de francs. Détail intéressant : chaque IMOCA est doté d’une balise de localisation permettant de le situer au mètre près, ainsi que de deux radeaux de sauvetage — l’un fixé sur la coque, l’autre sous la coque, au cas où le bateau se retournerait.
La coque en composite est constituée d’une âme en mousse prise en sandwich entre deux couches de carbone, à la fois très rigides et extrêmement légères. Je me souviens que, dans les vidéos qu’Alan Roura partageait pendant la course, on le voyait violemment secoué par l’impact de chaque vague.
Interrogé à ce sujet par l’un de nos membres, Alan confirme que le bruit, atteignant 80 à 90 décibels, ainsi que le sifflement des foils, sont assourdissants au point d’en altérer l’ouïe. Il ajoute que les chocs sont si violents que les douleurs dorsales sont fréquentes et que de nombreux concurrents souffrent d’hernies discales. Le soleil, quant à lui, met leurs yeux à rude épreuve, pouvant aller jusqu’à altérer leur vue. Cette course constitue une épreuve physique et psychique d’une intensité extrême, où tout peut survenir tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie. Quelle que soit la position au classement, réaliser un tour du monde dans de telles conditions demeure un exploit en soi.
Alan souhaite-t-il participer à la prochaine édition du Vendée Globe dans l’espoir d’arriver premier ? Reportant cette question à plus tard, il s’est investi dans la création d’une écurie de jeunes marins suisses, une équipe nationale de course au large : « TEAM AMAALA ». L’objectif est de repérer et former les talents de demain, tout en portant les valeurs de l’équipage et du savoir-faire suisse lors des courses du circuit IMOCA, en Europe et à l’international, avec une équipe de trois co-skippers. Parmi les compétitions prévues figurent The Ocean Race Europe, The Ocean Race Monde, The Ocean Race Atlantique ainsi que la Route du Rhum, le Vendée Globe, sans oublier de nombreux entraînements. D’ailleurs, pour donner cette conférence à l’École d’Horlogerie de Genève, Alan est revenu spécialement du Monténégro, où il naviguait avec son équipage de quatre jeunes skippers sur un bateau conçu pour une seule personne.
Ce nouveau défi correspond parfaitement au personnage charismatique, simple et généreux qu’est Alan. D’ailleurs, ce lancement prometteur rencontre un écho très positif à l’international et suscite un engouement populaire suivi de près par les médias. C’est une initiative remarquable.
Pour conclure, Alan précise que le Vendée Globe est organisé tous les quatre ans et que ses meilleurs temps pour ce tour du monde en solitaire ont été de 105 jours en 2016, 95 jours en 2020 et 84 jours en 2024. Toujours souriant, il répond ensuite aux nombreuses questions de nos membres. Certains souhaitaient, par exemple, savoir ce qu’est un « aspirateur à pétole » lorsque Alan évoquait la tactique de course. Il explique qu’il s’agit d’un marin ayant la fâcheuse tendance à attirer le manque de vent, la pétole désignant le calme plat en jargon maritime.
Une autre question, faisant référence au roman de Jules Verne, « Le Tour du monde en 80 jours », portait sur le nombre de levers de soleil qu’il avait observés durant ses 84 jours de course. Alan confirme qu’en raison du sens de la course, d’ouest en est pour profiter des vents dominants, il a gagné un jour en franchissant l’antiméridien, la ligne de changement de date.
Après les remerciements de notre Président, qui lui a remis un stylo Caran d’Ache, Alan s’est volontiers laissé photographier avec nos sociétaires, venus nombreux pour l’écouter.
Texte Christophe Lyner
Voir le PDF